ADE : Jarre et Van Buuren débattent du rôle des machines
Lors du trentième Amsterdam Dance Event, Jean-Michel Jarre, Armin van Buuren, Lady Starlight et JakoJako ont débattu du rôle de l’IA et des outils en studio.

À l’occasion de sa trentième édition, l’Amsterdam Dance Event a réuni un panel pour débattre de la relation entre les artistes et leurs outils. Animée par la journaliste Meike Jentjens, la conférence intitulée Music & Machines a mis en dialogue Jean-Michel Jarre, Lady Starlight, Armin van Buuren et JakoJako. Cet échange s’inscrit dans le contexte de la parution de Machines, le prochain ouvrage du compositeur français, attendu pour le 6 novembre.
L’héritage technologique et le rôle des ingénieurs
Le débat a d’abord rappelé que le synthétiseur n’a pas toujours possédé le statut d’instrument musical. Armin van Buuren a souligné les réticences initiales du milieu classique, tout en précisant que l’utilisation de ces machines par les Beatles sur l’album Abbey Road a marqué une étape décisive pour leur acceptation.
Pour Jean-Michel Jarre, la musique électronique puise ses origines en Europe. Elle a été influencée par des mouvements artistiques comme le Bauhaus ou le surréalisme, cherchant à s’éloigner des formats radiophoniques d’après-guerre.
L’évolution de cette scène s’appuie également sur les concepteurs de matériel. JakoJako a salué le travail d’ingénieurs comme Dieter Doepfer.
« Il a rendu la synthèse modulaire accessible pour les personnes normales en créant les formats Eurorack 3U, plus petits et abordables, alors qu’auparavant il n’y avait que les systèmes modulaires Moog 5U, massifs et inaccessibles. » (JakoJako, lors de la conférence)
Limiter ses outils pour trouver son identité
Face à l’abondance technologique actuelle, les artistes prônent la contrainte. Armin van Buuren observe une tendance à accumuler les plugins de production informatique, soulignant le risque de se perdre dans des options superflues. Il recommande de limiter ses projets à 24 pistes sonores.
Une approche partagée par Jean-Michel Jarre, qui conseille aux producteurs débutants de se restreindre à un seul instrument pendant six mois. Le compositeur a d’ailleurs précisé que son album Oxygène a été conçu sur huit pistes, avec un Mellotron d’occasion dont une partie des touches était hors d’usage.
Le rapport direct aux machines reste un point central. Lady Starlight, familière des synthétiseurs modulaires, indique trouver son inspiration dans la lecture des manuels d’utilisation. Elle conseille d’écouter la musique produite plutôt que de regarder les grilles visuelles de logiciels comme Ableton. Jean-Michel Jarre appuie cette idée, invitant les producteurs à fermer les yeux lors de l’écoute de leurs pistes pour se concentrer sur l’aspect sonore.
L’intelligence artificielle : un instrument à manipuler
L’émergence de l’intelligence artificielle dans la production suscite des interrogations techniques. Au lieu de la rejeter, Jean-Michel Jarre la perçoit comme un sampleur amélioré et une forme d’imagination augmentée. Il suggère de pousser l’algorithme à produire des erreurs pour obtenir des textures inédites.
JakoJako admet une certaine méfiance face aux résultats génériques des intelligences artificielles. Elle relève cependant des usages pertinents chez d’autres producteurs, notamment pour obtenir des retours techniques sur un mixage. L’artiste berlinoise précise que la technologie ne remplace pas l’engagement physique du musicien.
« L’IA ne peut pas éprouver la frustration d’être assis seul en studio, en manque de sommeil, de remplacer constamment des motifs et de se mettre en colère, pour finalement aboutir à une percée. » (JakoJako, lors de la conférence)
Armin van Buuren conclut en affirmant que l’outil importe peu, à condition qu’il serve à communiquer une émotion concrète au public.
Le livre Machines de Jean-Michel Jarre, qui documente le matériel ayant façonné sa discographie avec une contribution d’Armin van Buuren, sera disponible le 6 novembre prochain. En parallèle, l’artiste français célèbre le cinquantenaire de son album Oxygène avec une prestation annoncée au AFAS d’Amsterdam, marquant le lancement d’une nouvelle tournée de célébration.






